La Roulotte de Casimir

La fin du début

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L’atmosphère de la fin du début de notre voyage est secrète comme le cœur d’une chrysalide. Nos pas avancent et se reposent dans une faible et tendre lenteur. L’intense et indéfinissable transformation vécue depuis le départ questionne notre parcours affable et clandestin. Au-delà des restes de jours des dernières étapes, quand la nuit tombe, cette transformation est concentrée sur les bords du monde. Sa matière, massive, compacte, prête à l’emprise dilue les nuages sales et nos orages clairs. Dans ces soirées où se retrouvent des amis du pays, on sent le rêve éveillé avec de l’amour prêt à s’étendre sur les voile des nuits.

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Nous nous racontons alors, en lèvres intégrales, les murmures et les airs de l’aventure. Nous frissonnons déjà de tant d’histoires à conter, épris de torpeur rêveuse et lucide à la fois. Les rires et les chants fusent encore pour traduire le plaisir de prendre du répit. Nous regardons les montagnes et le reflet du passé à travers les hublots de notre mémoire. C’est l’endroit où les enfants sont nés. C’est là où nous avons aimé être. Nous avons quitté les lieux depuis neuf mois, une gestation d’aventure. Le temps est soudainement si contracté que nous ressentons à nouveau la grande fièvre du départ.

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Les débuts à l’école de la route ont certes été rudes. Mais l’ensemble à présent se mélange entre les atomes passés et ceux du présent. Le massif des Ecrins vers lequel nous nous dirigeons se distingue entre les vallées et marque des limites entre la réalité du printemps et la vie murmurant autrefois. Alors que nous approchons, les souvenirs s’accrochent comme des lignes de fonds et remontent à la surface. Nos pensées ont eu la sagesse de la patience. Elles réapparaissent justement, unes à unes, au regard de hier, sans voile est sans regret. Nous retrouvons ce chez nous avec une fraîcheur plus tendre que celle de notre mémoire.

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C’est un bon endroit pour revenir déposer le flambeau de cette aventure nomade. Les amitiés fortes d’entre les crêtes nous font retrouver des parts de nous-mêmes. Ce que nous avons laissé en s’en allant, dans le berceau de nos cœurs, s’éveille à nouveau. Il y a des moments d’éternité autour des feux de camps. Il y a des vieux coups de souvenirs d’hiver entourés de froidure et de chaudes buches. Des fragments de phrases de vie, de mots appropriés et des offrandes vers d’autres errances s’envolent le long de nos pensées.

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Nous retrouvons la souche d’une spiritualité nous ayant donné envie de croire. Et tout semble bien réglé finalement. Nous sommes dans les temps. La raison du départ est honorée dans sa fibre par ce retour. Dans notre recherche d’éternité, d’errances de l’esprit, d’absences d’amarrages, de liens magiques, de pensées erratiques, de solembrances vertigineuses, de dures certitudes et de multitudes obstacles de poussière, la personne humaine aura été le centre véritable de la vie. Nous avons tout vos visages et tout vos noms, rencontres qui, ensemble réunies, recèlent une intensité métaphysique hors du commun, nous ayant permis de se rendre au fond de nous, de se rendre au fond de l’autre. Nous aurons certainement gagné ensemble, à grands coups de gueule, de rires ou de messes basses, les fièvres des émotions sublunaires et une continuité dont nous serions les résidents. Les dures histoires ont cessé de se mouvementer. Les cris, les appels, les klaxons, et les pas tordus se dérobent, les palabres se taisent, les rumeurs citadines sont devenues silencieuses, les brutalités olfactives dissoutes, les dénis de la nature ainsi que ses objets abolis. Un peu exilés des manières familières et apatrides du que penser communément, du quoi dire décemment et du comment s’exécuter, nous sommes avec vous dans la légende d’un quant à nous se survolant en sonorité exclusive. Est-ce le fait de l’anonymat, de l’isolement et des filons d’or recelés dans les esprits rencontrés ? Un peu tout cela à la fois.

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Le temps a trompé notre présence. L’impatience a été dépassée. Nous sommes là, en se demandant encore où est ce là, lieu de quel bout de monde. La vie file un destin méconnu d’étoiles et de comètes et fait pénétrer dans les secrets d’elle-même, pour établir une rencontre avec elle. La route tracée sur la carte de France se détache, fait une longue courbe, plus douce que la ligne droite pour rejoindre un point à un autre, elle se cambre, légère, elle s’étire gracieusement comme un moment fugitif d’un étrange exode. La poignée de malencontreuses avaries, maculée de traîtrise, tourbillonne encore sans plus nous affliger, c’est encore une adresse à l’omnipotence des dieux. Plus rien ne semble pouvoir venir déranger le calme et la tranquillité dans lesquels si loin nous nous sommes plongés. Roulottiers emblématiques pour le bonheur d’être, c’est par cette déraison que nous avons cherché la pensée, une pensée certes hermétique et frondant le général, mais particulière, une, comme la terre est une. Une comme cette union entre vous tous rencontrés et nous, qui ne peut être qu’une, une, la seule connaissance possible. Dans cette aventure parfois inquiète et parfois rebelle, pour un savoir de terre entre songe et magie, entre utopie et réalisme de la paix, entre idée critique et retour vers l’intérieur, c’est dans le hasard que nous aurons ainsi œuvré, sans condition, sans règlement, sans caractère et sans méthode, dans le breuvage intarissable de l’amour de tout partout recueilli. C’est en cette conséquence que nous gagnons ce débat final face au grand visage sacré du monde, afin de connaître son affection, son envergure, c’est-à-dire de sa sincérité. Merci à vous tous. Merci.

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